25.04.2006
Sometimes in April
Lumière sur un génocide oublié
Cinéaste engagé, Raoul Peck traite du génocide rwandais suite à une commande de la chaîne câblée américaine HBO. Résultat : un film réfléchi, touchant, et cela sans jouer sur l'image choc.
Raoul Peck n'est pas un habitué des artifices propres à Hollywood. Hormis la scène relativement déconcertante de l'explosion de l'avion du président rwandais et des musiques parfois inappropriés (l'image suffit à elle-même parfois, surtout dans ce type de sujet), le réalisateur haïtien est resté fidèle à ses principes : une réalisation simple, un homme personnifiant la grande Histoire (comme dans «Lumumba») et des parallèles passé / présent (des flashbacks beaucoup moins déroutants que dans «L'homme sur les quais»). Ce dernier précepte du cinéaste pourrait cependant représenter un certain « problème » de structure. Le sujet a beau être parfaitement maîtrisé (ce qui fait d'ailleurs la grande force du film), parfois on s'y perd un peu, mais rien de définitif. Le propos est toujours recadré.
Le mélange d'images d'archives et scènes de fiction est parfaitement dosé. Raoul Peck s'appuie sur un travail documentaire exemplaire, comme à l'accoutumée. Le spectateur d'apprendre beaucoup sur un génocide, un peu ignoré par les médias et l'Occident. Du côté des acteurs, rien à dire, c'est irréprochable.
Touché dans la conscience
Quand on s'apprête à regarder un film traitant du génocide rwandais, on s'attend à des images insoutenables, comme des massacres à la machette. Raoul Peck a décidé de na pas tomber dans la facilité de la scène choc. Mais le passage de camions remplis de corps à l'image des trains dans «Amen» suffit amplement à mettre mal à l'aise. La scène d'un enfant perdu marchant dans les marais est beaucoup plus marquante que des litres de sang. On ne ressort pas forcément de la salle avec un coup au ventre, mais plutôt un au cœur. Et plus on réfléchit au propos du film, plus la malaise grandit. Malgré de petites imperfections, Raoul Peck réussit l'essentiel avec «Sometimes in April» : traiter d'un sujet difficile sans tomber dans la facilité, et parvenir tout de même à toucher le spectateur dans sa conscience. A méditer.
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24.04.2006
Viva Cuba
Malu et Jorgito au pays des grands
Deux enfants portés par leurs rêves dans un périple à travers Cuba. Touchant et drôle à la fois, Juan Carlos Cremata Malberti signe un film féerique qui devrait plaire aux petits bien entendu, mais aussi aux grands.
Des garçons jouent à la guerre. Quand tout d'un coup se pose devant eux, une fille, droite et sûre d'elle. Malu se prend pour la reine d'Espagne. Mais Jorgito ne se laisse pas impressionner «Vive Cuba, à bas l'Espagne». Les deux enfants commencent à se chamailler. Qui aime bien châtie bien. Ils s'adorent, mais leurs mères respectives se détestent. Elles ne veulent plus que leurs progénitures se fréquentent. La mère de Malu est issue de la bourgeoise, alors que les parents de Jorgito sont des gens simples.
Comme tous les gamins, ils se demandent parfois quand est-ce qu'ils seront adultes pour enfin pouvoir faire ce qu'ils veulent. «A quel âge on est grand ?». Mais les choses vont se précipiter. La grand-mère de Malu décède et sa mère veut quitter Cuba. Elle doit envoyer une lettre au père de Malu qui habite de l'autre côté de l'île. Une seule solution envisagée par les enfants : traverser tout le pays pour empêcher le départ de la petite fille.
Les yeux émerveillés
Les deux enfants, Malu Tarrau et Jorgito Milo (repérés par le réalisateur dans la troupe de théâtre de son frère), sont irréprochables. Avec leurs débits de paroles incroyablement rapides et leur accent chatoyant, ils plongent littéralement le spectateur dans le film. Un long-métrage qu'il faut absolument voir en version originale, afin qu'il ne perde pas de son charme. Les dialogues sont particulièrement soignés. Et de nombreux petits plus parsèment le film. Des petits détails qui font l'ambiance si prenante de ce conte. Lorsque la mère de Malu ferme la porte de sa maison, on peut lire un écriteau avec écrit dessus : «Seigneur ceci est ta maison». Lorsque la mère de Jorgito en fait autant, on lit cette fois : «Fidel ceci est ta maison». Jolie trouvaille. Des moments de véritable féerie égayent le film, comme lorsque les enfants jouent avec les étoiles filantes. Magnifique.
Bien que se passant à des milliers de kilomètres d'ici, le propos de ce long-métrage est universel. Les enfants se laisseront bercer par cette histoire comme ils les rêvent et s'identifieront aux deux héros. Les grands quant à eux seront touchés par ce joli conte, avec les yeux émerveillés d'un gamin.
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OSS 117, Le Caire nid d'espions
Hier ne meurt jamais
Une comédie française réussie, c'est assez rare par les temps qui courent pour être souligné.
Espion très spécial, à mi-chemin entre James Bond et Austin Powers, OSS 117 est un homme charmeur mais misogyne, gentleman puis salaud, peu cultivé mais doté d'une répartie désarmante... A défauts de gadgets sophistiqués, il possède un charme indéniable, tant dans ses paroles que dans son attitude, ses gestes. Une gestuelle que s'est appropriée avec brio Jean Dujardin, qui fait complètement oublier son « raté » avec «Brice de Nice». L'acteur prouve qu'il est taillé pour le grand écran, et qu'il ne restera pas l'éternel Jean de la mini série «Un gars, une fille».
Au-delà de la performance indiscutable de Jean Dujardin, le film ressort comme une véritable réussite dans une période où la comédie française cherche de nouveaux points de repères. En détournant les codes des romans de Jean Bruce, le scénariste Jean-François Halin est parvenu au juste équilibre entre parodie et nostalgie. Il a réussi à donner un ton contemporain, sans dénaturer l'œuvre originale. Mission difficile, mais réussie.
C'est drôle, tout simplement
Michel Hazanavicius, auteur du cultissime «Grand détournement», est capable du meilleur comme du pire. Il a gardé le meilleur pour «OSS 117, Le Caire nid d'espions». Rythmé et esthétiquement réussi (notamment le Technicolor, hommage aux des premiers James Bond et aux films d'Alfred Hitchcock), son long-métrage évite le piège principal de la parodie : tomber dans la facilité. Les quelques vannes faciles survenant ça et là prennent une autre dimension grâce à l'esprit du film et à l'interprétation de Dujardin. On rit des défauts du « héros », ce qui en fait un personnage attachant au final. Le charisme de Jean Dujardin parait alors indispensable.
Il faut aussi saluer les autres acteurs. La galerie de personnages proposée se pose comme indispensable à la réussite de toute bonne comédie. D'Aure Atika à Laurent Bateau, en passant par Arsène Mosca, ils sont tout simplement irréprochables.
«OSS 117, Le Caire nid d'espions» semble indémodable. Promis à une belle carrière grâce à une promotion efficace, il mérite tous les compliments que l'on peut lui faire. Mais au final, un seul est important : c'est drôle.
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